Vous tapez « prix du gaz TTF », un chiffre s'affiche, disons 81 €/MWh. Et puis quoi ? Ce nombre ne ressemble à rien de ce qui figure sur votre facture, où le gaz se compte en centimes par kilowattheure. Pire : en Belgique, la cotation que vous venez de lire n'est probablement pas celle qui indexe votre contrat. Voici comment passer de l'une à l'autre, et pourquoi l'écart entre les deux n'a rien d'anormal.
TTF, ZTP, Belpex : trois indices, un seul indexe votre gaz
Le TTF, pour Title Transfer Facility, est le point d'échange virtuel du gaz de la zone néerlandaise. C'est la plus grosse place gazière d'Europe, celle que reprennent les dépêches financières et les widgets de cours en direct. Quand un journal titre sur « le prix du gaz en Europe », il parle du TTF neuf fois sur dix.
Le ZTP, pour Zeebrugge Trading Point, est le hub belgo-luxembourgeois. Volumes bien plus modestes, mais adossé au marché physique belge.
Le Belpex n'a rien à faire ici : c'est la bourse de l'électricité belge, pas du gaz. La confusion est fréquente parce que les trois sigles cohabitent dans les mêmes conditions tarifaires.
Depuis le 1er octobre 2023, Fluxys a fusionné ses deux services de négoce, ZTP Physical et ZTP Notional, pour ne plus publier qu'un seul prix de référence belge : le ZTP Trading Service. Le marché belge s'est donc doté d'un indice unique, et la plupart des offres résidentielles s'y sont rattachées.
Combien vaut une cotation de 80 €/MWh sur votre facture ?
8 centimes par kWh. Rien de plus compliqué.
Un mégawattheure contient mille kilowattheures. Une cotation exprimée en euros par MWh se convertit donc en centimes par kWh en divisant par dix. La règle tient en une ligne et personne ne la donne : 1 €/MWh vaut 0,1 c€/kWh.
| Cotation de gros | Molécule seule | Sur 17 000 kWh/an |
|---|---|---|
| 20 €/MWh | 2,0 c€/kWh | 340 € |
| 40 €/MWh | 4,0 c€/kWh | 680 € |
| 60 €/MWh | 6,0 c€/kWh | 1 020 € |
| 80 €/MWh | 8,0 c€/kWh | 1 360 € |
| 82,55 €/MWh (ZTP, 14/09/2026) | 8,26 c€/kWh | 1 403 € |
| 100 €/MWh | 10,0 c€/kWh | 1 700 € |
La colonne de droite est la seule qui parle. Elle suppose la consommation de référence d'un ménage belge, soit 17 000 kWh de gaz par an, et ne compte que la matière première. Ni marge, ni réseau, ni accise, ni TVA.
Si vous raisonnez en mètres cubes, le passage se fait par le pouvoir calorifique : les 82,55 €/MWh du 14 septembre 2026 correspondaient à 0,9576 €/m³, ce qui suppose un coefficient de conversion voisin de 11,6 kWh/m³. Notre guide sur la conversion des m³ de gaz en kWh détaille pourquoi ce coefficient varie selon votre commune.

De combien le ZTP cote-t-il sous le TTF ?
Sur l'historique disponible, l'indice belge s'est établi en moyenne environ 14 % sous le TTF néerlandais, avec des épisodes où l'écart se comptait en dizaines d'euros par MWh. Le ZTP, plus proche du marché physique belge et moins liquide, encaisse moins brutalement les secousses internationales que son grand voisin.
Conséquence pratique, rarement énoncée : estimer une facture belge à partir du cours TTF revient à la surestimer. Sur une cotation à 81 €/MWh, quatorze pour cent représentent près de 11,5 €/MWh, soit 1,15 centime par kWh, soit environ 196 € par an sur 17 000 kWh. L'ordre de grandeur n'est pas négligeable.
L'écart n'est pas garanti dans ce sens à chaque instant. Il s'inverse ponctuellement lorsque la Belgique subit une contrainte physique que les Pays-Bas ne connaissent pas. Mais la moyenne de long terme penche du côté belge.
Le TTF raconte l'Europe. Le ZTP raconte la Belgique. Votre facture belge écoute le second.
Pourquoi la cotation d'aujourd'hui n'arrive-t-elle jamais sur la facture d'aujourd'hui ?
Parce que le paramètre d'indexation est une moyenne rétrospective, pas un prix en direct.
Les définitions publiées par la CREG sont explicites. Un paramètre du type 101 reprend la moyenne arithmétique des cotations de clôture du mois précédant le mois de fourniture. Un paramètre du type 103 reprend celle du mois précédant le trimestre de fourniture. Autrement dit, vous payez toujours le passé.
| Type de contrat | Paramètre | Fenêtre de moyenne retenue | Décalage réel |
|---|---|---|---|
| Variable à indexation mensuelle | ZTP101, TTF101 | Moyenne du mois précédent | 1 mois |
| Variable à indexation trimestrielle | TTF103 | Moyenne du mois précédant le trimestre | 1 à 4 mois |
| Variable au profil de consommation | ZTPRLP | Moyenne pondérée du mois de fourniture | quasi nul |
| Fixe | aucun | rien, le prix est figé à la signature | sans objet |
| Dynamique | cotation quotidienne | le jour même | nul |
Prenons le cas réel de septembre 2026. La flambée observée autour du 10 septembre, avec des futures TTF au-dessus de 81 €/MWh, niveau inédit depuis fin 2022, n'a strictement aucun effet sur une facture de septembre. Sur un contrat mensuel, elle arrive en octobre. Sur un contrat trimestriel indexé au 1er janvier, elle attend quatre mois avant d'exister pour vous.
ZTP101, ZTPRLP, TTF103 : décoder le paramètre inscrit dans votre contrat
Ces codes ne sont pas du jargon décoratif. Ils déterminent à eux seuls la réactivité de votre prix.
Le chiffre des centaines dit la nature du produit coté, celui des dizaines et des unités dit la fenêtre de moyenne. La mention RLP désigne le profil de consommation résidentiel : la moyenne est alors pondérée par la courbe de soutirage typique d'un ménage, qui consomme évidemment davantage en janvier qu'en juillet.
Au-delà du paramètre lui-même, cinq éléments de la formule pèsent autant que l'indice et échappent complètement au marché :
- le mark up, montant fixe ajouté au paramètre, exprimé en c€/kWh ;
- le coefficient multiplicateur appliqué au paramètre, parfois supérieur à 1 ;
- la redevance d'abonnement annuelle, indépendante de votre consommation ;
- la marge commerciale intégrée au coefficient, que rien n'oblige à publier séparément ;
- la fréquence de révision, mensuelle ou trimestrielle, qui décide du décalage.
Deux contrats adossés au même ZTP101 peuvent ainsi produire des factures très différentes. Le paramètre est identique ; tout le reste ne l'est pas. Notre comparatif des contrats fixes, variables et dynamiques détaille ce que chaque formule implique au quotidien.
De la cotation au montant payé : les couches empilées
La molécule n'est que la première strate. Voici l'empilement complet, pour un ménage wallon consommant 17 000 kWh par an, avec les valeurs en vigueur à la mi-septembre 2026.
| Couche | Nature | Ordre de grandeur |
|---|---|---|
| Cotation de gros (ZTP) | marché | 8,26 c€/kWh au 14/09/2026 |
| Marge et coûts de profil du fournisseur | concurrence | 0,5 à 1,5 c€/kWh |
| Accises fédérales | fiscalité | 1,031 c€/kWh depuis le 01/04/2026 |
| Transport (Fluxys) et distribution (GRD) | réseau régulé | environ 2,2 c€/kWh sur ce volume |
| TVA | fiscalité | 6 % sur l'ensemble |
Une seule de ces cinq lignes dépend du marché mondial. Une seule dépend de votre fournisseur. Les trois autres sont identiques pour tout le monde dans une commune donnée.
C'est pourquoi une cotation qui double ne double jamais votre facture, et c'est aussi pourquoi une cotation qui s'effondre ne l'efface pas. Nous avons détaillé ce mécanisme dans notre analyse du prix du gaz en Belgique en 2026, où la baisse des marchés de gros se fait absorber en route par les accises et le réseau.

L'écart entre la cotation de septembre et les grilles de juillet s'explique tout seul
Un chiffre déroutant mérite d'être posé franchement. En juillet 2026, les grilles wallonnes affichaient une composante énergie comprise entre 4,44 et 7,47 c€/kWh. Le 14 septembre 2026, la cotation ZTP brute valait 8,26 c€/kWh. Le marché coûtait donc plus cher que ce que facturaient les fournisseurs deux mois plus tôt, marge comprise.
Aucune anomalie là-dedans. Les grilles de juillet reflétaient des cotations de juin, dans un marché encore détendu. Sur douze mois, le ZTP mensuel moyen est passé d'environ 0,3659 €/m³ en octobre 2025 à 0,8793 €/m³ en septembre 2026, soit une progression de 140 %. Ramené en euros par mégawattheure, cela fait un bond d'environ 31,5 à 75,8 €/MWh.
Les grilles d'automne intégreront cette hausse. Elles ne l'avaient pas encore intégrée en juillet, tout simplement parce que le paramètre d'indexation regarde derrière lui.
Faut-il suivre le cours du gaz en direct quand on est un ménage ?
Non, sauf sur un contrat dynamique.
Un contrat fixe vous rend la cotation parfaitement indifférente jusqu'à l'échéance. Un contrat variable la suit avec un mois ou un trimestre de retard, et un ménage n'a aucun moyen d'agir sur ce décalage. Seul le contrat dynamique, où le prix suit la cotation au jour le jour, justifie de regarder les cours, et encore : sur le gaz, contrairement à l'électricité, il n'existe presque aucune marge de manœuvre pour déplacer sa consommation dans le temps. Le chauffage se déclenche quand il fait froid.
Le vrai usage du cours, pour un ménage, tient en deux moments.
Choisir entre fixe et variable au moment de signer, d'abord. Une cotation historiquement haute rend le blocage d'un prix fixe moins attrayant, une cotation basse le rend plus intéressant.
Comprendre une variation de facture, ensuite. Quand l'acompte grimpe, savoir si la cotation a bougé permet de distinguer une hausse de marché d'une erreur d'estimation. Notre guide pour faire baisser son acompte d'énergie reprend cette vérification comme premier réflexe.
Wallonie, Bruxelles, Flandre : la cotation est nationale, le reste ne l'est pas
Le ZTP est un point unique pour toute la Belgique. Que vous habitiez Arlon, Anvers ou Ixelles, la molécule vaut le même prix au même instant. Les différences apparaissent dans tout ce qui se pose au-dessus.
| Région | Régulateur à saisir | Différences au-dessus de la cotation |
|---|---|---|
| Wallonie | CWaPE | Tarifs de distribution en hausse de 14 % en 2026 pour le client-type de 17 000 kWh ; cinq GRD, dont ORES et RESA |
| Bruxelles | Brugel | Hausse des frais de distribution contenue à 1,8 % en 2026 ; Sibelga, GRD unique |
| Flandre | VREG | Frais de réseau relativement stables en 2026 ; Fluvius, GRD unique |
Le régulateur fédéral, la CREG, reste compétent pour la cotation, les accises et la surveillance du marché de gros. Les régulateurs régionaux traitent la distribution et les obligations de service public. Si votre litige porte sur le prix du kWh, c'est le fédéral ; s'il porte sur le tarif réseau ou le raccordement, c'est le régional.
À retenir
Divisez par dix pour passer des euros par MWh aux centimes par kWh, vérifiez dans vos conditions tarifaires si votre paramètre commence par ZTP ou par TTF, et regardez sa fréquence de révision : mensuelle, vous suivez le marché avec un mois de retard ; trimestrielle, jusqu'à quatre. Tous les chiffres cités ici sont datés de la mi-septembre 2026 et les offres variables sont réindexées chaque mois, donc revérifiez-les avant de signer. L'écart entre contrats reste, de très loin, le levier le plus efficace : notre classement des fournisseurs d'énergie le chiffre pour une consommation réelle, gaz et électricité confondus.
Sources. CREG, page officielle des cotations gaz et électricité et définitions des paramètres d'indexation (TTF101, TTF103, ZTP101). Fluxys, fusion des services ZTP Physical et ZTP Notional au 1er octobre 2023 et exploitation du ZTP Trading Service. FEBEG, documentation sur l'indexation des contrats à prix variable. CWaPE, Brugel et VREG pour les tarifs de distribution 2026. Relevés de cotation du 10 et du 14 septembre 2026 et moyennes mensuelles ZTP d'octobre 2025 à septembre 2026. Pages consultées le 18 septembre 2026. Les offres variables sont réindexées chaque mois : revérifiez la grille en vigueur avant de signer.
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Questions fréquentes
Camille suit le marché belge de l'énergie depuis une dizaine d'années. Elle a d'abord travaillé côté gestion de contrats B2B, puis est passée à l'analyse indépendante : elle éplucha les grilles tarifaires de Mega, Bolt, Engie, Luminus, TotalEnergies, Eneco ou Ecopower, recoupe chaque prix avec le CREG Scan, la CWaPE, le VREG et Brugel, et refait les calculs de facture à la main quand un fournisseur communique un chiffre trop rond. Sa conviction : la plupart des ménages belges ne changent jamais de fournisseur et paient chaque année quelques centaines d'euros de trop — pas par paresse, mais parce que les offres sont volontairement illisibles. Ici, elle traduit les conditions tarifaires en euros par an, et dit clairement quand une « promo » n'en est pas une.
