Un compteur à budget est un compteur d'électricité ou de gaz qui ne délivre de l'énergie que si elle a été payée d'avance. En Belgique, il n'existe plus comme appareil à carte en Wallonie depuis le 1er janvier 2026 : c'est devenu une fonction du compteur communicant, le prépaiement. On le présente comme l'alternative à la coupure. Les chiffres du régulateur wallon racontent autre chose.
Qu'est-ce qu'un compteur à budget aujourd'hui ?
Le nom est resté, l'objet a disparu.
Pendant vingt ans, le compteur à budget a été un boîtier dans lequel on glissait une carte, bleue pour l'électricité, jaune pour le gaz, rechargée dans une librairie ou un bureau du gestionnaire de réseau. La CWaPE, le régulateur wallon de l'énergie, a acté la fin de ce système dans une communication du 13 mai 2025 : les gestionnaires de réseau ne prennent plus en charge les compteurs à carte depuis le 1er janvier 2026. ORES et RESA ont remplacé les leurs gratuitement par des compteurs communicants dont la fonction de prépaiement est activée à distance. AIEG, AIESH et REW avaient déjà terminé.
Le principe, lui, n'a pas bougé. Vous versez une somme, le compteur la décompte au fil de votre consommation, et il s'arrête quand le solde tombe à zéro. Trois manières de recharger existent chez ORES, d'après sa brochure datée de juillet 2026 :
- Le portail en ligne, accessible jour et nuit depuis un téléphone ou un ordinateur.
- Le virement postal, plafonné à 250 € par opération, pour lequel bpost prélève 4,10 €.
- Les terminaux de paiement installés dans les bureaux d'accueil, dans la plupart des CPAS et chez des commerçants partenaires.
Le contrat ne change pas. En Wallonie, le ménage garde en principe son fournisseur, qu'il s'agisse d'Engie, de Luminus ou d'un autre, et son prix du kilowattheure. Seul le moment du paiement est déplacé : avant, et plus après.
59 294 compteurs en prépaiement en Wallonie, 73 545 en Flandre
Les deux régulateurs publient leurs chiffres une fois par an. Les voici côte à côte, ce que ni l'un ni l'autre ne fait.
| Situation fin 2025 | Wallonie | Flandre | Bruxelles |
|---|---|---|---|
| Électricité, compteurs en prépaiement actifs | 59 294 (3,5 % des clients résidentiels) | 73 545 (2,5 % des ménages) | 0 |
| Gaz, compteurs en prépaiement actifs | 23 668 (3,3 %) | 48 842 | 0 |
| Qui fournit le ménage en prépaiement | Son fournisseur habituel, en principe | Fluvius, après résiliation par le fournisseur | Sans objet |
| Protection minimale en électricité | 10 ampères pour les clients protégés | Aide de l'OCMW au cas par cas | Coupure sur décision du juge de paix uniquement |
| Période hivernale protégée | 1er novembre au 31 mars | 1er décembre au 1er avril | 1er octobre au 31 mars |
Sources : rapport annuel de la CWaPE sur les obligations de service public en 2025, publié le 3 juillet 2026, Statistiek Vlaanderen, mise à jour du 18 juin 2026, et dossier Test-Achats du 5 mai 2025 pour les périodes hivernales.
Additionnés, cela fait 132 839 foyers belges qui paient leur électricité avant de la consommer, et 72 510 pour le gaz. Aucun à Bruxelles : la capitale n'a jamais installé de compteur à budget, et la réforme votée en 2022 y a même supprimé le limiteur de puissance de 2 300 watts qui en tenait lieu. Un ménage bruxellois en défaut de paiement peut demander le statut de client protégé, et son contrat ne se rompt que devant le juge de paix.
En Wallonie, 98,8 % des compteurs électriques en prépaiement étaient déjà des compteurs communicants fin 2025, et 96,3 % en gaz. Le compteur à carte est un souvenir. Notre guide du compteur numérique explique ce que cet appareil mesure et transmet par ailleurs.

Trois ménages sur dix se coupent eux-mêmes
Voici la thèse. Le prépaiement est décrit partout comme l'outil qui évite la coupure, et l'association de consommateurs Test-Achats résume la situation wallonne par une formule, « on ne peut même plus couper le courant ». C'est exact sur le plan juridique : plus aucun fournisseur ne fait fermer un compteur pour une facture impayée. Mais la coupure n'a pas disparu. Elle a changé de main.
Le rapport de la CWaPE indique que 71,8 % des clients en prépaiement électricité n'ont connu aucune autocoupure en 2025. Le régulateur présente le chiffre dans ce sens. Retournez-le : 28,2 % se sont retrouvés au moins une fois dans le noir parce que le solde était épuisé. En gaz, la proportion monte à 30 %. Rapporté au parc actif, cela représente environ 16 700 ménages pour l'électricité et 7 100 pour le gaz, calcul fait sur les chiffres de fin d'année.
Personne n'a pris la décision de couper ces ménages. Aucun courrier, aucun technicien, aucune commission. Le compteur s'est arrêté.
Le prépaiement n'a pas supprimé la coupure. Il a supprimé la personne qui la décidait.
Le dispositif s'étend, par ailleurs. La Wallonie a enregistré 18 332 activations en électricité en 2025, soit 1,2 % de plus qu'en 2024, et 5 752 en gaz. En Flandre, les deux parcs ont augmenté sur un an, et les coupures complètes aussi : 1 943 en électricité et 1 608 en gaz, une hausse que Statistiek Vlaanderen attribue surtout aux blocages de recharge appliqués aux clients endettés.
Que vaut le crédit de secours de 15 € ?
Quand le solde atteint zéro, le compteur ne s'arrête pas tout de suite. Il entame un crédit de secours, fixé à 15 € pour l'électricité et à 15 € pour le gaz dans la brochure ORES de juillet 2026. Cette somme est une avance : elle sera déduite de la recharge suivante.
Quinze euros, cela représente combien de temps ? La réponse dépend entièrement de l'énergie. Le calcul ci-dessous utilise les prix moyens wallons tout compris relevés le 16 septembre 2026, soit 0,4496 € le kWh d'électricité et 0,1407 € le kWh de gaz, et un ménage type de 3 500 kWh d'électricité et 17 000 kWh de gaz par an.
| Électricité | Gaz, moyenne annuelle | Gaz, en saison de chauffe | |
|---|---|---|---|
| Énergie obtenue pour 15 € | 33 kWh | 107 kWh | 107 kWh |
| Consommation par jour | 9,6 kWh | 46,6 kWh | 79 kWh |
| Durée du crédit de secours | 3,5 jours | 2,3 jours | 32 heures |
| Recharge nécessaire par semaine | 30 € | 46 € | 78 € |
La saison de chauffe est une hypothèse : 70 % de la consommation de gaz concentrée sur les cinq mois de novembre à mars. Votre logement s'en écartera.
L'écart saute aux yeux. Le même montant couvre une demi-semaine d'électricité et à peine plus d'une journée de chauffage en janvier, alors que la recharge hebdomadaire nécessaire pour les deux énergies atteint 108 € en plein hiver.
Les périodes de non-coupure adoucissent le mécanisme sans l'effacer. ORES ne laisse pas un compteur s'arrêter entre 16 heures et 8 heures le lendemain, ni du vendredi 16 heures au lundi 8 heures, ni un jour férié. La consommation de ces heures reste due. Un week-end de janvier sans crédit dure 64 heures, pendant lesquelles notre ménage type brûle environ 210 kWh de gaz et 26 kWh d'électricité, soit près de 41 € qui s'ajoutent aux crédits de secours déjà entamés : le lundi à 8 heures, il faut donc recharger plusieurs dizaines d'euros avant que le premier centime ne serve à chauffer, et c'est précisément le ménage qui n'avait pas 20 € le vendredi qui doit en trouver le triple trois jours plus tard.
L'objection sérieuse : pas de dette, pas d'huissier
L'argument en faveur du prépaiement est solide et il faut le prendre au sérieux.
Un ménage en difficulté qui reste en facturation classique accumule des acomptes impayés, puis une régularisation, puis des frais de rappel, puis un dossier de recouvrement. La dette grossit en silence et finit devant un huissier. Le prépaiement bloque cette mécanique. On ne consomme que ce qu'on a payé, on voit son solde chaque jour, et le compteur communicant envoie un SMS quand il baisse. Sept clients sur dix traversent d'ailleurs l'année sans la moindre interruption.
Pour un client protégé, la protection va plus loin en électricité : quand le crédit de secours est épuisé, la fourniture ne s'arrête pas, elle est bridée à 10 ampères, soit environ 2 300 watts. De quoi faire tourner un frigo, l'éclairage et un appareil à la fois. Fin 2025, 7,4 % des clients protégés wallons étaient en prépaiement pour l'électricité.
La nuance tient en une phrase : le prépaiement protège contre la dette, pas contre le froid.
Compteur à budget gaz : l'hiver change tout
Le gaz n'a pas de limiteur. Une chaudière fonctionne ou ne fonctionne pas, et aucun dispositif ne permet de livrer « un peu » de gaz comme on livre 10 ampères d'électricité. Quand le solde et le crédit de secours sont consommés, le chauffage et l'eau chaude s'arrêtent, client protégé ou non.
Les deux régions concernées ont donc greffé une aide hivernale sur le système.
En Wallonie, elle passe par le CPAS et la commission locale pour l'énergie. Le rapport de la CWaPE en dit long sur sa portée réelle : 482 clients en ont bénéficié en 2025, contre 1 669 en 2023, pour un parc de 23 668 compteurs de gaz en prépaiement. Deux pour cent.
En Flandre, le mécanisme s'appelle la fourniture minimale de gaz naturel. Il s'adresse aux clients de Fluvius qui paient par prépaiement sur compteur numérique et se chauffent au gaz ou avec une pompe à chaleur hybride. Entre le 1er novembre et le 31 mars, l'OCMW charge un montant sur le compteur tous les quatorze jours, soit à la demande du ménage, soit après un signalement du gestionnaire de réseau, qui transmet chaque semaine aux OCMW la liste des clients menacés de perdre leur chauffage. Les montants de l'hiver 2026-2027 doivent être publiés en octobre 2026.
Dans les deux cas, l'aide n'arrive pas toute seule. Il faut la demander, et avant la première gelée.

Comment sortir du prépaiement ?
En soldant la dette qui l'a déclenché, puis en demandant la désactivation de la fonction. Avec un compteur communicant, elle se fait à distance, sans déplacement d'un technicien. Le fournisseur reste libre de la redemander au prochain défaut de paiement.
Mieux vaut pourtant ne pas y entrer. La procédure wallonne laisse plusieurs fenêtres, détaillées par Test-Achats : quinze jours pour payer la facture, dix jours après le rappel, quinze encore après la mise en demeure, et le prépaiement ne peut être demandé que si aucun accord n'a été trouvé dans les trente jours. Un plan de paiement négocié pendant ce délai arrête tout. Les frais de placement sont nuls pour un client protégé ; pour les autres, les montants publiés divergent d'une source à l'autre, et seul le gestionnaire de réseau peut les confirmer.
Trois leviers pèsent davantage que le compteur lui-même. Le tarif social, d'abord, parce qu'il réduit le prix de chaque kilowattheure prépayé et que beaucoup d'ayants droit ne l'ont pas. Un acompte recalculé ensuite, quand la difficulté vient d'une mensualité surévaluée plutôt que d'une consommation. Et le contrat, enfin : un ménage en prépaiement wallon paie le prix de son fournisseur, et l'écart entre deux offres se retrouve dans chaque recharge. Notre classement des fournisseurs d'énergie compare les coûts annuels pour le gaz et l'électricité ensemble.
Sources et hypothèses. Nombre de compteurs en prépaiement, activations, autocoupures, clients protégés et aide hivernale en Wallonie : CWaPE, rapport annuel sur l'exécution des obligations de service public 2025, publié le 3 juillet 2026. Fin des compteurs à carte : CWaPE, communication du 13 mai 2025. Crédit de secours, périodes de non-coupure et modes de recharge : brochure ORES « Payer son énergie avant de la consommer », édition de juillet 2026 ; les règles des autres gestionnaires de réseau peuvent différer. Chiffres flamands : Statistiek Vlaanderen, 18 juin 2026. Fourniture minimale de gaz : vlaanderen.be, page consultée le 4 octobre 2026. Procédure de défaut de paiement et périodes hivernales : Test-Achats, 5 mai 2025. Suppression du limiteur de puissance à Bruxelles : réforme présentée au Parlement bruxellois en mars 2022. Prix moyens wallons tout compris : comparateur Selectra, page mise à jour le 16 septembre 2026 ; les tarifs variables étant réindexés chaque mois, refaites le calcul avec votre propre prix. Ménage type : 3 500 kWh d'électricité et 17 000 kWh de gaz par an. Aucun lien affilié.
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Questions fréquentes
Camille suit le marché belge de l'énergie depuis une dizaine d'années. Elle a d'abord travaillé côté gestion de contrats B2B, puis est passée à l'analyse indépendante : elle éplucha les grilles tarifaires de Mega, Bolt, Engie, Luminus, TotalEnergies, Eneco ou Ecopower, recoupe chaque prix avec le CREG Scan, la CWaPE, le VREG et Brugel, et refait les calculs de facture à la main quand un fournisseur communique un chiffre trop rond. Sa conviction : la plupart des ménages belges ne changent jamais de fournisseur et paient chaque année quelques centaines d'euros de trop — pas par paresse, mais parce que les offres sont volontairement illisibles. Ici, elle traduit les conditions tarifaires en euros par an, et dit clairement quand une « promo » n'en est pas une.
